Musée des arts asiatiques de Nice
photo © Junko Nakano
« Shichifukujin (sept dieux porte-bonheur) »
« Ame no Gorô (Gorô sous la pluie) »
« Oharame (colporteuse de bûche à Ohara) »
Dans cette chanson, qui est l'une des plus anciennes du chant nagauta, seul le dieu japonais Ebisu apparaît – en dépit de qu’indique le titre. La première partie de la pièce parle de la création des îles japonaises dans la mythologie. L’origine du monde fut un chaos. Les dieux en couple, Izanagi et Izanami, trempèrent la « Lance Céleste » dans l'océan et l’agitèrent en tous sens. Les gouttes tombées de la lance formèrent les îles japonaises.
Le premier enfant de ce couple, né sans os ni peau, n’arrivait pas à marcher à 3 ans. Alors, il fut abandoné sur un bateau en roseau et emporté par la mer, en recevant de ses parents la mission de dominer la mer. Il atterrit à Nishinomiya où il fut célébré dans le temple comme Ebisu, le dieu de la pêche et d’une récolte abondante. Il jeta un filet de pêche dans la mer et pêcha une grande dorade, qu’il porta dans ses bras.
La seconde partie est composée en "hikimono-zukushi" (énumération de choses de bon augure liées au mot hiku (tirer, jouer, flotter)) : les instruments de la musique à jouer, des nuages qui flottent dans le ciel de l’Est à l’aube, les cordes de la tambola que les enfants tirent pour gagner des objets, le bateau riche de trésors que l’on ramène en tirant, les filets de pèche tirés par les jeunes, l’arc rigide que l’on tire avec force et la cible flottant sur les vagues dans la pleine mer, les chars montés avec une hallebarde décorative dans le Festival de Gion et tirés dans une ambiance festive avec musique de tambours et flûtes, les chevaux divins tirés par un harnais, et la corde du sanctuaire sacré tirée en priant pour la prospérité...
Première en 1810 avec l’acteur du kabuki Nakamura Utaemon III
La pièce trouve son origine dans 9 métamorphoses « Kaketatematsuru iro no Ukiyo-e (belle éstampe de l’offrande) », dans laqulle les personnages sortent de la peinture de Soga Jasoku, peintre du XVe siècle, pour troubler des ennemis. La séquence de la métamorphose de 2 personnages – une colporteuse de bûche à Ohara (nord de Kyôto, réputée pour la beauté de ses feuilles d’automne) et le serviteur de la classe guerrière (yakko) – devint indépendante : c’est la pièce Oharame.
Au début de la pièce, la colporteuse déscend vers Kyôto avec un fagot sur la tête et elle parle de sa région :
Ohara est une campagne si raffinée avec la pêche et le kaki sucrés suspendu. Même si 99 singes méchants me courent après et se moquent de moi, je suis une fille déterminée pour l’amour. Voulez-vous des bûches ? Prenez-vous des bûches ?
Puis, elle commence à avouer son sentiment :
Je coiffe mes très beaux cheveux et je me vois dans un miroir. Si j’enlève des parties saillantes de mon visage - joues, front et menton – voilà, je suis une très jolie fille! Mais tu ne me fais pas des compliments !
Le soir, elle se plaint à son amoureux : « Pourquoi tu n’aimes pas une fille très bien comme moi ? Je ne comprends pas... ». Son émotion monte et elle lève sa main contre son amant... sans arriver vraimenet à le frapper. Alors elle épanche son cœur en dansant avec les batons avec des clochettes :
Si c’est pour mon chéris, je pourrais même faire du tissage, même au fond de la campagne. Si c’est pour toi, je travaillerai beaucoup !
Le mot du tissage (hataori) évoque le hataori-mushi (sauterelle), et les textes citent des noms de grillons qui sont connus pour leur chant. C’est un symbole de l’automne qui figure dans la poésie depuis autrefois :
Le grillon chante pour attendre qui ? Moi, je t’attends avec impatience. La sauterelle chante toute la nuit si longue. Je pleure jusqu’à l’aube en pensant à lui. Le grillon chante comme un grelot dans les herbes, en vibrant sa voix...
« Onko higashi no hana » Yôshû Chikanobu : yakko en tête du défilé du daimyô
Puis elle se métamorphose en yakko (serviteur de la classe guerrière), célèbre pour ses performances avec sa lance décorée de plumes en tête du défilé majestueux du daimyô (seigneur local qui gouvernait un fief). Le yakko est drôle et amusant, mais en même temps, il voue sa vie à son métier dont il est fier. C’est un vrai homme, populaire dans ce pays.
La défilé du daimyô entre dans sa propre région en rentrant de la capitale Edo, et le yakko prend la tête du cortège. A la frontière du pays, les branches de pins tombent : en se disant « c’est dangereux, c’est dangereux ! », il se baisse. Comme la neige sous la lune, comme la fleur, il tourne la lance et des plumes s’épanouissent. On voit le château au loin et il balance sa lance derrière le pin : que c’est magnifique ! Tourne, tourne, et son seigneur entre en son propre fief. Il danse joyeusement :
Demain, je vais peut-être à l’Est du pays. En me séparant de mon seigneur, je prends la route vers Ise. Qu’est-ce que c’est que ça ? Si c’était une tortue de l’étang, elle se plongerait sous la boue pour monter sa vraie intention...
Et maintenant, la grâce de la belle peinture, qui est l’offrande aux dieux, émerge devant ses yeux. Ainsi le yakko continue à tourner joyeusement sa lance...